Fortini
 
 

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  Biographie
 



Franco Fortini

   Franco Fortini (1917-1994) a été une figure majeure de la vie intellectuelle et politique italienne après 1945. Bien que son œuvre, très vaste, ne soit presque pas traduite en français, elle occupe une place fondamentale dans l’histoire des rapports entre culture, société et politique dans l’Europe du XXe siècle.

   Interlocuteur essentiel de figures comme Elio Vittorini, Cesare Pavese, Pier Paolo Pasolini, Italo Calvino et H.-M. Enzensberger, proche de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet dont le film Fortini/Cani est tiré de son pamphlet Les chiens du Sinaï, Fortini est l’auteur d’une œuvre poétique importante, dont seulement une petite partie est traduite en français. Ses traductions (entre autres Proust, Queneau, Brecht, Goethe, Kafka), ont durablement marqué les lettres et la culture italiennes, ainsi que ses traductions de textes philosophiques (Kierkegaard, Simone Weil, Lucien Goldmann).

   Mais c’est principalement sous la forme de l’essai et de l’intervention polémique que l’activité de Fortini s’est déployée, exprimant par-là sa participation à des expériences collectives d’auto-organisation des intellectuels qui visaient à intervenir dans la pratique politique depuis une position d’autonomie à l’égard des partis et des organisations. Ainsi, Fortini a été un protagoniste décisif des débats sur les rapports entre intellectuels et politique au sein de la gauche anti-stalinienne : ses deux recueils d’essais les plus importants, Dieci inverni (1957) et Verifica dei poteri (1965) ont contribué à esquisser des formes inédites d’engagement éthique et politique entre la Guerre Froide et la période autour de 1968, et son nom est étroitement lié à de nombreuses initiatives qui ont joué un rôle majeur dans le monde intellectuel en Italie et en Europe occidentale.

 Après la guerre et la Résistance, il participe entre 1945 et 1947 à la revue Il Politecnico dirigée par Elio Vittorini, dont le but était d’ouvrir l’Italie, non seulement à la culture européenne et internationale refoulée par le fascisme, mais aussi à une implication radicale des intellectuels dans la vie démocratique. C’est dans ce contexte que Fortini noue des liens avec Jean-Paul Sartre, qu’il interviewe dans Il Politecnico, et avec Les Temps modernes, dont il contribue à projeter un numéro sur l’Italie en 1947.

 Après la fin de la revue Il Politecnico, Fortini anime la revue Ragionamenti (1955-1957), qui se propose de réformer les perspectives politiques et intellectuelles de la gauche italienne après la déstalinisation. Ragionamenti introduit en Italie les textes et les positions de Lukács, de l’École de Francfort et des courants marxistes occultés par le stalinisme, ainsi que l’analyse sociologique du capitalisme contemporain et du socialisme « réellement existant » ; cette revue s’inspire ouvertement de revues comme Esprit et Les Temps modernes et de leur rapport à la politique, et va inspirer à son tour le groupe d’intellectuels français – Colette Audry, Roland Barthes, Jean Duvignaud, Edgar Morin, entre autres – qui fonde en 1956 la revue Arguments.

 Au début des années 1960, Fortini devient la figure tutélaire d’une autre revue, Quaderni piacentini, qui joue un rôle décisif dans la révolte étudiante de 1967-1968 et dans la formation de la gauche extra-parlementaire après les grèves ouvrières de 1969. Les débuts des Quaderni piacentini et leur modèle d’intervention politique sont fortement marqués par les expériences françaises des années 1920 et 1930 (Nizan, les Surréalistes) et de l’après-guerre (l’existentialisme et Les Temps modernes), mais aussi par les luttes anticoloniales (Frantz Fanon) et par la guerre d’Algérie (Henri Alleg, le « Manifeste des 121 »), dont ils relayent les thèmes dans le contexte italien.

 A partir des années 1980, Fortini consacre ses interventions aux transformations du contexte politique, au bilan des années de plomb et à l’échec des perspectives révolutionnaires ; il reprend les analyses de Fredric Jameson sur le « postmodernisme », qu’il contribue à introduire en Italie, pour étudier la situation des activités intellectuelles et leur nouvelle position dans la société des médias. Il meurt en 1994 après avoir pris position contre la première guerre du Golfe.

   
  Bibliographie
 
Bibliographie en français :

Les chiens du Sinaï – J.-M. Straub, D. Huillet, Fortini/Cani, dossier des Cahiers du cinéma, Paris, Editions Albatros-Editions de l’étoile, 1979.

Une fois pour toutes. Poésie 1938-1985, poèmes traduits par Bernard Simeone et Jean-Charles Vegliante, suivis de « Donc sous peu sans mots la bouche », échanges Rémi Roche/Franco Fortini, Mussidan, Fédérop, 1986.

« Biographie d’un jeune bourgeois intellectuel », in Les Temps Modernes, n° 23-24, août-septembre 1947.

« Introduction à Cesare Pavese », in Les Temps Modernes n°87, janvier 1953.

« Note conjointe sur la fin d’un homme et la fin du monde », in Esprit, 1966.

« La contemplation horrifiée de la contradiction ne me suffit pas », in Il Manifesto, Pouvoir et opposition dans les sociétés post-révolutionnaires, Paris, Seuil, 1978.

« Poésie et corruption », in Cahiers du cinéma n° 9, numéro hors série sur Pasolini, mars 1981.

« Postface », in J.-M. Straub-D. Huillet, Moïse et Aaron. Livret de l’opéra/découpage du film, suivi de « Journal de travail » par Gregory Woods, Toulouse, Ombres, 1990.

« 1967-1978 », in Anne-Marie-Faux (dir.), Jean-Marie Straub-Danièle Huillet. Conversations en archipel, Milan-Paris, Mazzotta-Cinémathèque française, 1999.

« Lettre à Michelangelo Antonioni », in Trafic, n° 90, Paris, P.O.L., 2014.




  Ouvrage publié aux éditions Nous
 

La conscience aux extrêmes